15 décembre 2004
Jean-Jacques Rousseau et le citoyen
Jean-Jacques Rousseau découvre l'exercice politique lors de son séjour à Venise en tant que secrétaire auprès de l'ambassadeur Montaigu. Il comprend en observant les moeurs corrompues et le mauvais gouvernement que "tout tenait à la politique". La vision que lui offre sa fonction de secrétaire, lui permet de saisir la différence entre Venise et Sparte, entre le XVIIIème siècle et l'Antiquité. Sa connaissance des civilisations antiques l'autorise à conclure que si le gouvernement est mauvais c'est que les moeurs le sont également. Naît alors en lui l'ambition d'éduquer le peuple pour qu'il devienne citoyen. Il souhaite écrire un traité politique, Institutions Politiques, dans lequel il proposera aux lecteurs une nouvelle philosophie politique. Son projet n'aboutit pas. Rousseau le transforme en un roman sur les règles d'éducation, l'Emile, et en un traité politique, le Contrat social.
Sa pensée politique s'affine davantage et propose à tous une nouvelle conception de l'être citoyen.
Pour construire cet être citoyen, Rousseau offre en premier lieu une éducation aux hommes. Elle doit permettre à chacun de retrouver les conditions de liberté et d'égalité que l'état de nature permettait.
"La fin de tout système de législation se réduit à deux objets principaux: la liberté et l'égalité; la liberté, parce que toute dépendance particulière est autant de force ôtée au corps de l'Etat; l'égalité, parce que la liberté ne peut subsister sans elle".
Le citoyen de Genève cherche à concilier l'indépendance de l'homme avec la vie en société. Pour lui, l'homme ne peut trouver son bonheur qu'en acceptant ses compagnons. Il doit nouer avec eux un contrat de société, le contrat social. Mais comment réussir à concilier à la fois la liberté que chacun revendique et cette nécessaire union?
Pour cela, Rousseau fait de la loi et de la volonté générale la source de toute légitimité. Sans le peuple, rien ne peut se décider. Sans la participation de chacun au processus législatif, rien ne peut être valablement établi.
Rousseau comprend parfaitement que sa vision politique ne peut recevoir d'application immédiate en France. Cependant, il ne souhaite pas que ses écrits donnent une simple vision utopique d'un monde idéal. La Corse, puis la Pologne, en faisant appel à ses services pour rédiger leur constitution, lui offrent ainsi une tribune concrète. Il peut transposer ses principes théoriques dans la réalité. Cette réalité finalement ne s'offrira pas totalement à lui; des troubles empêchant l'application de son projet et de ses considérations.
Ce n'est que dix ans après sa mort que les écrits de Rousseau seront utilisés par les chefs de file politiques. Après la prise de la Bastille, l'auteur du Contrat social devient pour tous la référence philosophique. De lui découlent tous les principes citoyens que souhaite établir la Révolution. Cette appropriation de la pensée rousseauiste ne se fait pas sans erreur. Elle est souvent arrangée pour mieux correspondre à la réalité, ou aux désirs de la Révolution.
Il reste cependant indéniable que l'être citoyen de Rousseau a donné à la Révolution française un appui idéologique important.
Par la suite, l'utilisation politique de Rousseau a diminué. Les philosophes se sont emparés de cette pensée originale. Nombreux sont les philosophes qui ont vu en Rousseau le fondateur du droit politique.
Tout au long de son oeuvre, il cherche à résoudre en l'homme ses contradictions entre l'état de ses désirs d'homme et ses devoirs de citoyen.
"Rendez les hommes conséquents à eux-mêmes étant ce qu'ils veulent paraître et paraissant ce qu'ils sont. Vous aurez mis la loi sociale au fond des coeurs, hommes civils par leur nature et citoyens par leurs inclinations, ils seront uns, ils seront bons, ils seront heureux, et leur félicité sera celle de la république; car n'étant rien que par elle ils ne seront rien que pour elle, elle aura tout ce qu'ils ont et sera tout ce qu'ils sont. A la force de la contrainte vous aurez ajouté celle de la volonté, au trésor public vous aurez joint les biens des particuliers; elle sera tout ce qu'elle peut être quand elle embrassera tout. La famille en montrant ses enfants dira: c'est par là que je suis florissante. Dans tout autre système il y aura toujours dans l'Etat quelque chose qui n'appartiendra pas à l'état ne fût ce que la volonté de ses membres et qui est-ce qui peut ignorer l'influence de cette volonté dans les affaires? Quand nul ne veut être heureux que pour lui il n'y a point de bonheur pour la patrie."
Cette longue recherche s'inspire sans aucun doute des civilisations antiques. Elle reste cependant innovante dans le XVIIIème siècle ce qui valut aux oeuvres de Rousseau de nombreuses interdictions. Emile, le Contrat social n'ont pu être édité comme l'auteur le souhaitait. Opprimé et chassé perpétuellement, Rousseau se trouve en porte-à-faux avec ses thèses. Il abandonne ses enfants à l'institution des Enfants-Trouvés et écrit un traité sur l'éducation, il préconise la vie en communauté mais fuit en promenade solitaire. C'est ainsi que certains condamnent l'auteur Rousseau au nom des errements de l'homme. N'est-ce pas là, à nouveau, une démonstration vivante du conflit existant entre l'être civil et l'être citoyen? Par sa vie même, Rousseau montre à ses lecteurs la difficile cohabitation entre ces êtres.
Rousseau joue aussi avec le qualificatif de citoyen. Lorsqu'il répond à d'Alembert, il écrit comme citoyen de Genève et donne au destinataire de la lettre tous les distinctions que celui-ci possède en tant que membre d'académies ou de sociétés. Le citoyen nu répond à l'homme intellectuel paré de ses plus beaux titres. C'est la Genève fruste mais républicaine contre l'Europe savante et cosmopolite mais monarchique. Pour les Confessions, c'est Jean-Jacques Rousseau qui écrit, "homme dans toute la vérité de sa nature". L'Emile ou La Nouvelle Héloïse également ne sont écrits que par Rousseau, être civil. Après la condamnation de ces livres, il renonce à sa qualité de citoyen de Genève. On comprend l'importance d'être, ou non, citoyen dans la vie de Rousseau.
Pour faire un citoyen, il faut donc en premier lieu transformer l'être naturel. Puis par la suite, lui offrir, en structurant la société à son service, l'espace nécessaire à son expression. Toute activité de la cité doit être dirigée par et orientée vers cette communauté de citoyens. En second lieu, le citoyen doit rester au coeur des décisions politiques de la cité. Il doit à chaque instant donner son jugement sur les actions de l'union des citoyens. La volonté générale et la loi permettent à Rousseau de garantir ce contrôle. Enfin, le devenir de la pensée rousseauiste reste important tant dans son application par les Révolutionnaires que dans son rôle dans le développement de la pensée philosophique du XIXème siècle.
Tout en étant au coeur des ouvrages de Jean-Jacques Rousseau, au coeur de la société, l'être citoyen reste difficile à définir car "malheureusement, ce qui nous est précisément le moins connu est ce qu'il nous importe le plus de connaître savoir l'homme".
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10 décembre 2004
La dimension sociale de l'Union
La Constitution européenne renforce la dimension sociale de l'Europe en introduisant plusieurs innovations dans :
- les valeurs de l'Union : respect de la dignité humaine, de l’égalité, de la justice, de la solidarité et de l'égalité entre les femmes et les hommes ;
- les objectifs : la promotion du bien-être des peuples de l'Union, le plein emploi et le progrès social, la lutte contre l'exclusion sociale et les discriminations, la protection sociale, l'égalité entre les femmes et les hommes, la solidarité entre les générations et la protection des droits de l'enfant ;
-la promotion et la défense des droits sociaux, tels qu'ils sont inscrits dans la Charte des droits fondamentaux.
La Constitution européenne introduit des nouveautés dans les modes de décision et le contenu des politiques :
- le rôle des partenaires sociaux dans la « vie démocratique de l'Union» est reconnu dans la Constitution européenne ;
- une clause sociale générale est introduite, qui exige la prise en compte des « exigences liées à la promotion d'un niveau d'emploi élevé, à la garantie d'une protection sociale adéquate, à la lutte contre l'exclusion sociale ainsi qu'à un niveau d'éducation, de formation et de protection de la santé humaine » dans la définition et dans la mise en oeuvre de l'ensemble des politiques de l'Union. Significativement, cette disposition est placée en tête de la partie III consacrée aux politiques de l'Union ;
- Les services publics (« services d'intérêt économique général » - SIEG) sont dotés d'une base juridique spécifique, qui doit permettre de définir les principes et les conditions qui régissent l'accomplissement de ceux-ci. Il s'agit d'une avancée juridique importante pour la cohésion sociale et territoriale et la préservation du « modèle social européen ». Ce faisant, les Etats membres conserveront la compétence de « fournir, de faire exécuter et de financer » leurs services publics ;
- Les compétences d'appui aux Etats dans le domaine social sont maintenues à la majorité qualifiée. Cela concerne l'amélioration des conditions de travail, l'information et la consultation des travailleurs, l'intégration des personnes exclues du marché du travail, l'égalité des chances et de traitement entre les femmes et les hommes en matière d'emploi et de travail, la lutte contre l'exclusion sociale, la modernisation des systèmes de protection sociale ;
- La Constitution européenne préserve également la possibilité pour le Conseil de décider à l'unanimité de passer à la majorité qualifiée dans un certain nombre de domaines, notamment : la protection des travailleurs en cas de résiliation du contrat de travail, la représentation et la défense collective des intérêts des travailleurs et des employeurs, y compris la cogestion ; Dans tous les cas, le Conseil adopte des normes minimales mais n'interdit pas aux Etats membres qui le souhaitent d'adopter des règles nationales plus élevées.
- Une nouvelle base juridique est introduite qui permettra à l'Union d'intervenir dans le domaine de la santé publique.
Plus d'info: www.constitution-europeenne.fr
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06 décembre 2004
Citoyen européen
Citoyenneté de l'Union
Instituée par le traité de Maastricht, elle complète la citoyenneté nationale, et ne s'y substitue pas. Tout individu ayant la nationalité d'un Etat membre est considéré comme citoyen de l'Union. En plus des droits et devoirs prévus par le traité de Rome (par exemple, la non-discrimination), elle ouvre quatre droits spécifiques :
- la liberté de circulation et de séjour sur tout le territoire de l'Union,
- le droit de vote et d'éligibilité aux élections municipales et du Parlement européen dans l'Etat de résidence,
- la protection diplomatique et consulaire des autorités de tout Etat membre lorsque l'Etat dont l'individu est ressortissant n'est pas représenté dans un Etat tiers;
- le droit de pétition auprès du Parlement européen, le droit de recours auprès du médiateur européen.
Plus d'info: www.constitution-europeenne.fr
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